Membre de la Fédération Laïque des Centres de Planning Familial

Membre du Groupe d’Action des Centres Extra-Hospitaliers Pratiquant des Avortements

Article de presse

En collaboration avec Merhaba (www.merhaba.be)

 

 

  " L'amour déplace – parfois – des montagnes "

" Il faut laisser le temps au temps "

 

 

" L'homosexualité ?!? … Ca n'existe pas chez nous ! "

Chacun et chacune vit des choses compliquées dans sa vie amoureuse, sociale, ou professionnelle. Et on sait en général que l'attirance pour une personne du même sexe que soi n'est pas chose facile à découvrir, accepter et à vivre. Mais c'est encore plus difficile quand la personne a des origines et un bagage socioculturel qui condamnent très fort ce genre de choses. Dans de nombreuses sociétés non-occidentales, le discours social et religieux et les lois (1) condamnent l'homosexualité masculine et féminine, ou déclarent qu'elle n'existe tout simplement pas dans la communauté.

 

Et pourtant…

En Belgique, il existe bel et bien des femmes et des hommes, jeunes et moins jeunes, maghrébins, d'Afrique sub-saharienne, asiatiques, d'Amérique du Sud, d'Europe de l'Est, etc…, qui ont des pratiques homosexuelles et qui parfois se revendiquent en tant que tels.

Il est évident qu'ils doivent composer avec des mondes très différents: d'une part, la société occidentale et sa relative ouverture envers les personnes homo/bisexuelles et les migrants, et d'autre part, leur communauté d'origine dans laquelle ils évoluent en cachant plus ou moins leur orientation sexuelle différente.

 

Certains ont décidé de s'éloigner de leur communauté d'origine après avoir été victimes de trop de stigmatisations ou de pressions à regagner le "droit chemin", c'est-à-dire: se marier et avoir des enfants. D'autres ont trouvé une tolérance et un soutien familial (2) et acceptent de préserver une certaine image "hétérosexuelle" dans la communauté d'origine, tout en vivant leurs amours dans d'autres sphères.

 

Des questions qui n'osent se dire

Les questions qui se posent le plus souvent – mais qui n'osent pas assez se dire – chez les migrant/es homosexuel/les sont les suivantes:

 

       Comment être migrant/e ET homosexuel/le?

       Comment ne pas me couper de ma communauté? Comment ne pas renier mes origines?

       Comment continuer à être musulman, catholique, hindouiste, etc. et avoir encore des pratiques homosexuelles?

       Comment trouver le bonheur dans ma vie amoureuse et affective et être en paix avec les miens?

       Comment ne pas faire mourir de honte mes parents, mes frères et sœurs, la famille restée au pays?

       Comment envisager un avenir en tant qu'homme/femme?

       Pourquoi ne pas accepter un mariage (hétérosexuel bien sûr) pour solutionner tout cela?

       Pourquoi ne pas mettre tout de suite un terme à cette vie qui me sera insupportable?

 

Surtout ne pas baisser les bras!

Il n'y a malheureusement pas de réponse simple et unique à toutes ces questions qui montrent toute la souffrance et la détresse de trop d'hommes et de femmes.

Pourtant, on observe que certaines personnes ont trouvé des ressources internes, familiales ou associatives (3) pour construire leur propre chemin et trouver un modus vivendi qui contente le plus de monde: soi-même d'abord, sa famille et la communauté d'origine.

 

Il y a peut-être quand même deux choses à se dire: "L'amour déplace – parfois – des montagnes" et "Il faut laisser le temps au temps".

Car avec le temps, et malgré toute la honte et le désespoir à la découverte de l'homosexualité de l'enfant, on observe que certaines familles – parents, frères et sœurs – cheminent et finissent par ne pas exclure l'enfant, d'abord maudit, mais avant tout aimé. Ceci semble demander des aménagements de la part de tous dans des espaces distincts de visibilité et d'invisibilité de l'homosexualité.

En effet, si la découverte et l'acceptation de l'homosexualité prennent du temps pour la personne elle-même, il faut accepter que les familles elles aussi aient besoin de temps. C'est seulement après avoir pris le temps de mieux digérer l'affaire, que l'amour porté à l'enfant homosexuel/le sera plus fort que la première réaction de rejet. Malgré tout, certaines familles n'auront jamais les ressources pour accueillir leur enfant dans ce genre de différence. Et cet état de fait fragilise grandement la personne qui subit rejet et exclusion. Il est important de combattre ce genre de discriminations intolérables – insultes et parfois coups, mises à la porte de la maison – car elles vulnérabilisent grandement les hommes et les femmes qui n'ont pourtant pas choisi de porter ce fardeau. Car l'homosexualité n'est pas un choix, c'est un fait. D'ailleurs, choisit-on d'être hétérosexuel?

 

Et les femmes dans tout cela?

Il est certain que l'amour entre deux femmes est encore plus tabou et indicible dans les communautés d'origine. Car si leurs homologues masculins jouissent malgré tout de leur statut d'homme, les femmes subissent avant tout les discriminations liées à leur statut de femme. En effet, elles sont d'autant plus sujettes à des mariages forcés, sensés solutionner cette "tare". Elle ont beaucoup moins accès à l'espace social et jouissent de fait d'une moindre solidarité entre elles. Elles sont souvent invisibles dans le réseau associatif gay et lesbien. Et même dans les structures associatives de femmes immigrées les plus investies, seule l'émancipation de la femme hétérosexuelle semble être au programme… A cet égard, il est fondamental de soutenir toutes les initiatives des communauté migrantes visant l'émancipation des personnes, que ce soit en matière de droit des femmes, de lutte contre le racisme et la xénophobie, et aussi de lutte contre l'homophobie surtout à l'égard des lesbiennes qui cumulent d'autant plus de vulnérabilités.

 

1.- L'homosexualité est illégale dans 25 pays arabo-musulmans sur 53 et passible de la peine de mort  dans 6 d'entre eux. Dans les pays qui n'ont pas de lois spécifiquement homophobes, les lesbiennes et les gays font l'objet de violence et de harcèlement. www.ilga.org

 

2.- Des témoignages montrent que les frères et les sœurs sont parfois des alliés inattendus !

 

3.- Cfr. www.merhaba.be

 

 

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